Tout savoir sur cette espèce invasive !
Depuis son apparition en France au début des années 2000, le frelon asiatique (Vespa velutina) également appelé frelon à pattes jaunes, est devenu un véritable fléau pour les colonies d’abeilles. Son impact sur la biodiversité et l’apiculture est alarmant, mettant en péril l’équilibre écologique et la pérennité des exploitations apicoles. Face à ce danger, des solutions de lutte et de prévention doivent être mises en place rapidement de manière efficace et coordonnée. Pourtant, malgré les alertes répétées, les réponses des pouvoirs publics restent largement insuffisantes.
Une invasion silencieuse mais dévastatrice
Introduit accidentellement via des cargaisons de poteries en provenance de Chine, le frelon asiatique a été observé pour la première fois en France en 2004, en Lot-et-Garonne. Il s’est rapidement répandu sur l’ensemble du territoire grâce à sa capacité d’adaptation et à l’absence de prédateurs naturels. Présent désormais dans plusieurs pays européens, il représente une menace écologique et économique majeure. Cette expansion rapide constitue une menace croissante pour l’apiculture et la biodiversité locale.
Un prédateur redoutable pour les abeilles
Le frelon asiatique est un tueur efficace qui cible en priorité nos abeilles domestiques. Contrairement aux abeilles asiatiques, qui ont développées des défenses contre lui, les abeilles européennes sont démunies face à ce prédateur. Posté en vol stationnaire devant les ruches, il les traque, les capture et les découpe pour nourrir ses larves. À terme, cela peut entraîner l’effondrement des ruches et une baisse dramatique de la pollinisation. Une ruche attaquée par plusieurs frelons peut perdre jusqu'à 30 % de sa population en quelques jours. Résultat : un stress intense qui paralyse l'activité des colonies et fragilise leur survie. Les ruches isolées et celles situées en zone urbaine sont particulièrement exposées, et de nombreux apiculteurs voient leurs colonnies décimer et leur production de miel s’effondrer, au point de devoir abandonner leur activité.
Un cycle de vie adapté à la conquête
- Hiver (décembre à février) : Les frelons reines fondatrices hibernent dans des cavités ou sous terre, souvent seules ou en petits groupes.
- Printemps (février à mai) : Réveil progressif des frelons reines fondatrices, recherche de nourriture sucrée pour reprendre des forces et construction des premiers nids primaires dans des endroits abrités.
- Été (mai à septembre) : La colonie de frelons croît de manière exponentielle, les nids secondaires apparaissent en hauteur (arbres, bâtiments), et la prédation sur les abeilles atteint un pic.
- Automne (septembre à novembre) : Les futures reines de frelons sont produites et quittent le nid pour s’accoupler avant l’hiver, tandis que les anciennes colonies de frelon meurent progressivement.
Un impact majeur sur la biodiversité, l’apiculture et l'agriculture
Au-delà des abeilles domestiques, le frelon asiatique s’attaque aussi aux pollinisateurs sauvages, mettant en péril l’équilibre des écosystèmes. L’impact est colossal : la pollinisation, essentielle à lareproduction des cultures fruitières et maraîchères, est menacée, entraînant une chute de la production agricole. On estime déjà que son effet sur la pollinisation coûte des dizaines de millions d’euros par an à l’économie française.
Baisse des colonies d’abeilles : Stress intense et prédation affaiblissent les ruches, entraînant une perte de production de miel pouvant aller jusqu'à 50 %.
- Perte de récoltes agricoles : La diminution de la pollinisation entraîne des pertes pour les agriculteurs, affectant notamment les cultures de fruits et légumes.
- Effet sur la faune sauvage : Les frelons asiatiques s’attaquent aussi aux guêpes, papillons et autres insectes pollinisateurs, perturbant la chaîne alimentaire.
Des méthodes de lutte individuelles mais non suffisantes
- Destruction des nids : Cruciale mais difficile, surtout en raison de leur hauteur (souvent à plus de 10 mètres).
- Piégeage des fondatrices : Utile au printemps mais nécessitant des pièges sélectifs pour ne pas nuire aux autres insectes. Certains pièges artisanaux combinent bière brune, sirop et vin blanc.
- Protection des ruches : L’installation de muselières anti-frelons, de harpes électriques et l’éloignement des ruchers des zones boisées réduisent les risques.
Un enjeu sanitaire et économique
Bien que le frelon asiatique ne soit pas plus dangereux pour l’homme que les autres hyménoptères, il peut représenter un risque en cas de piqûres multiples. La gestion de cette invasion coûte déjà des millions d’euros par an aux collectivités locales et aux apiculteurs, un coût qui ne cesse d’augmenter. Le frelon asiatique n’a pas fini de poser problème, et seule une réaction rapide collective et organisée permettra de limiter son impact sur nos écosystèmes et notre agriculture.
Un manque criant de mesures efficaces...
Face à cette menace grandissante, la réponse de l’État français est dramatiquement insuffisante. Alors que l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF) demandait dès 2012 le classement du frelon asiatique en danger sanitaire de catégorie 1, nécessitant une prise en charge systématique par l’État, il a été relégué en catégorie 2, laissant la lutte au bon vouloir des collectivités locales et des apiculteurs. Une décision qui se traduit par un abandon quasi total des professionnels et une lutte inefficace contre l’invasion.
Vers une mobilisation collective...
Pour contenir efficacement l’invasion du frelon asiatique, une action rapide, collective, et structurée est essentielle. Ebauche d'un plan d'action national contre le frelon asiatique...
🔹 Détection et destruction précoce des nids : Il est impératif d’identifier et d’éliminer les nids avant leur expansion estivale pour limiter leur prolifération.
🔹 Investissement dans des solutions innovantes : Développement d’appâts spécifiques et de techniques de stérilisation des reines pour réduire la population des frelons tout en respectant l’environnement.
🔹 Sensibilisation et mobilisation locale : Informer et impliquer les citoyens, apiculteurs et collectivités pour signaler rapidement les nids et organiser leur destruction.
🔹 Un plan national obligatoire : Un programme financé par l’État doit être mis en place pour assurer une lutte efficace et homogène sur tout le territoire.
🔹 Reconnaissance du piégeage de printemps : Cette méthode s’avère être la plus efficace pour empêcher la prolifération en capturant les fondatrices avant la formation des colonies.
🔹 Autorisation de moyens de destruction adaptés : L’utilisation du SO2, actuellement interdite sans justification valable, doit être réexaminée comme outil efficace pour éradiquer les nids.
🔹 Une mobilisation collective durable : La lutte contre le frelon asiatique doit s’inscrire dans une démarche concertée impliquant tous les acteurs concernés pour un impact significatif et pérenne.
Le temps des tergiversations est révolu. Chaque année qui passe sans action renforce l’emprise du frelon asiatique et affaiblit encore un peu plus nos abeilles et notre agriculture. Il est impératif que chaque citoyen prenne conscience de l’urgence et pousse les élus à prendre enfin des décisions fortes.
Mobilisons-nous, informons, piégeons, détruisons les nids et exigeons une politique de lutte efficace ! La survie de nos abeilles, de notre environnement, et le futur de l'apiculture, en dépendent. Agissons avant qu’il ne soit trop tard !
Source UNAF - Article pour aller plus loin
Guide Pratique UNAF - Comment agir à l'échelle de la ma collectivité